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Le 07 avril 2026 면담 준비

불난집이름 나보코프 2026. 4. 8. 06:26

Préparation pour la discussion du 8 avril 2026

 

l  État d'avancement

1/ Étude du texte de L’Homme ainsi que de La Dioptrique  

-       terminer l'examen de L’Homme, y compris le commentaire d’Annie Bitbol-Hespériès

-       avoir survolé La Dioptrique une première fois

2/ Recherche sur les sources anatomiques du sens interne  

-       avoir partiellement lu Histoire anatomique de André Du Laurens

-       avoir jeté un œil à les Essais de physique du Claude Perrault 

 

Lors de mon enquête précédente, ce que je cherchais à soutenir pourrais être formulé ainsi : la notion cartésienne de sens interne correspond à une forme d’intériorité tactile. Pour étayer cette thèse, j’ai examiné les débats contemporains de Descartes relatifs à l’unité ou à la pluralité du toucher. Plus précisément, je me suis concentré sur la manière dont ces auteurs répondaient à la question suivante : les sensations telles que la faim, la soif, la douleur, le plaisir, le chatouillement impliquent-elles une multiplication du toucher en tant que sens ?  

Les commentateurs de Coimbra, Rubio et Eustache répondent clairement par la négative, en soutenant que la faim, la soif, la douleur et le chatouillement ne sont pas des objets du toucher en tant que sens, mais des objets de la faculté appétitive, laquelle se manifeste en réponse au toucher. En revanche, la position de Toledo apparaît plus originale. Même s’il affirme nettement que le toucher, en tant que sens externe, est unique, il distingue toutefois les tangibilia interna et les tangibilia externa, définissant les premiers comme étant ressentis dans le sujet percevant lui-même, et les seconds comme étant ressentis dans l’objet perçu. Il soutient donc qu’une faculté sensible distincte est requise pour percevoir les tangibles internes tels que la faim, la soif, la douleur, le plaisir, ou le chatouillement. 

J’ai soutenu que la position de Toledo entre en résonance avec celle de Descartes sur plusieurs points. D’abord, au niveau des exemples : les mêmes cas – faim, soif, douleur – se retrouvent chez les deux auteurs comme instances paradigmatiques d’une sensibilité distincte du toucher externe. Ensuite, au niveau de la démarche argumentative : tous deux s’appuient sur un critère de localisation phénoménale pour distinguer les sens internes des sens externes. Enfin, les deux auteurs s’accordent à dissocier ces sensations de la faculté appétitive. 

Le principal acquis de cette enquête a été de montrer que la notion cartésienne de sens interne ne renvoie pas aux sens internes tels que le sens commun, l’imagination, ou la mémoire comme on l’a souvent pensé, mais à ce que l’on peut appeler un « toucher interne ». Cela permet d’affirmer que cette notion n’est ni sans précédent, ni en rupture radicale avec la tradition, mais qu’elle s’enracine au contraire dans une problématique classique, celle des débats relatifs au toucher. 

Toutefois, une limite subsistait : même si Toledo adopte une position originale dans le débat sur le nombre du toucher, cela ne suffit pas à établir un lien direct entre Toledo et Descartes. Par ailleurs, il reste difficile de déterminer dans quelle mesure la position de Toledo est véritablement originale, ou si elle s’inscrit dans une tradition plus large dont il serait tributaire.

Afin de dépasser cette limite, j’ai, cette fois-ci, porté mon attention sur le traitement anatomique du toucher. En examinant l’Histoire anatomique de Du Laurens, j’ai cherché à comprendre comment l’anatomie du début de l’époque moderne conceptualise le toucher, afin d’identifier d’éventuelles autres sources de la notion cartésienne de sens interne. 

 

(1) Distinction entre toucher commun et toucher particulier 

Du Laurens distingue les sentiments selon qu’elles sont attribuées à un organe particulier ou à plusieurs parties : 

Au reste les nerfs donnent le sentiment et particulier à un organe, et commun à plusieurs parties : particulier, comme le sens de la vue aux yeux, de l’ouïe aux oreilles, du flairer au nez, du goûter à la langue, et de l’attouchement à l’orifice du ventricule et aux parties génitales. À l’orifice du ventricule pour l’appétit animal qui se fait par un ressentiment d’attraction et de sucement : Car il n’y a que cette seule partie qui ressente la faim et le sucement de toutes les autres. Et aux parties génitales pour aiguillons de la volupté vénérienne, afin d’inciter les animaux à la copulation. Or l’attouchement commun par lequel nous discernons les qualités premières et secondaires est quasi diffus et répandu par tout le corps et les membranes : mais la peau d’autant qu’elle est la plus tempérée de toutes les membranes & principalement celle des bouts des doigts est estimées juge et estimatrice de l’attouchement (Histoire anatomique, Livre 4, Chapitre 14).

Il explique que les nerfs confèrent le sentiment, soit de manière particulière à un organe, soit de manière commune à plusieurs parties. Cette distinction est particulièrement frappante dans le cas du toucher. Lorsque le toucher est attribué à des organes spécifiques, comme l’orifice du ventricule ou les parties génitales, il s’agit d’un toucher particulier ; lorsqu’il est diffus dans tout le corps et les membranes, il s’agit d’un toucher commun. Le premier remplit une fonction spécifique propre à un organe, tandis que le second permet de discerner les qualités premières et secondaires. 

 

(2) Distinction entre toucher interne et toucher externe 

Du Laurens distingue également les organes du toucher interne et externe : 

D’ici on peut recueillir son premier usage, qui est d’être l’organe de l’attouchement : car le tact étant absolument nécessaire à la vie, il a fallu qu’il fût épandu par tout le corps, et intérieur et externe : les organes de l’attouchement interne, ce sont les membranes internes, et de l’extérieur, la peau. (Histoire anatomique, Livre 6, Chapitre 4)

Le toucher étant indispensable à la vie, il doit être répandu dans tout le corps, à la fois intérieurement et extérieurement. Les organes du toucher interne sont les membranes internes, tandis que les organes du toucher externe sont la peau[1]. Ainsi, seules les parties externes du corps peuvent entrer en contact avec des objets extérieurs, tandis que les membranes internes constituent les organes d’un toucher interne. 

Dans ce cadre, des sensations telles que la faim, la soif ou le plaisir sexuel peuvent être comprises à la fois comme des formes de toucher particulier, puisqu’elles sont assignées à un organe déterminé, et comme des formes de toucher interne, dans la mesure où elles sont ressenties dans les membranes internes du corps (ou dans des corps membraneux). 

 

(3) L’orifice du ventricule comme siège de l’appétit 

Du Laurens affirme que l’orifice supérieur du ventricule constitue le siège de l’appétit : 

D’autant que la vie des animaux est fuyarde et courte, et qu’il se fait une continuelle dissipation de la triple substance du corps ; nature soigneuse de sa conservation tâche de les maintenir en être, par la respiration et le nourrissement : réparant la perte de la substance spiritueuse par la respiration, et de la charnue et solide par le nourrissement. D’ici vient la nécessité du triple aliment de l’air, du manger et du boire. Et parce que la nutrition ne se fait point sans appétit, Nature a implanté en chaque partie un certain désir, qui l’incite comme une aiguillon à tirer et sucer l’aliment qui lui est propre et familier. Mais ce désir est en chaque partie sans sentiment, car elles ne sentent point cette attraction et sucement d’aliment : de peur donc qu’étant épuisées et affamées elles n’amaigrissent et défaillent, Nature ingénieuse a fait une partie de sentiment très-exquis, laquelle seule ressentant le sucement de toutes les autres, convie l’animal à boire et manger. Car si le sentiment de ce sucement était en toutes les parties elles languiraient perpétuellement durant la faim et la soif, et l’animal serait en continuelle peine. Cette partie c’est l’orifice supérieur du ventricule, lequel comme a remarqué Galien a été nommé des Anciens Cardia cœur. Tous les Médecins mettent en icelui le siège de l’appétit animal et de la faim, qui est un sentiment de succion, qui lui est communiqué par les nerfs stomachiques qui naissent de la sixième conjugaison du cerveau. […] Il appert d’ici que l’appétit animal est excité en l’orifice supérieur du ventricule ; lequel a le sentiment si exquis, que Galien l’appelle l’organe de l’attouchement (Histoire anatomique, Livre 9, Chapitre 9).

Suivant Galien, il attribue à cette partie une sensibilité extrêmement fine, qui lui permet de ressentir la « succion » et l’« attraction » liées au manque de nourriture. Cette sensibilité est rendue possible par la sixième paire de nerfs, dont une branche (le nerf stomachique) confère à cette région une capacité sensitive particulièrement aiguë. 

Le sixième nerf se divise en trois branches : (1) les nerfs récurrents; (2) les nerfs costaux; (3) les nerfs stomachiques. Considérons le passage suivant : 

Le sixième paire très-grand, se répand et traîne par quasi tous les viscères. Ce paire sortant hors du crane étant contigu à l’artère carotide, quand il est venu aussi bas que les clavicules, se fend en trois rameaux fort apparents, desquels le premier et dextre embrasse l’artère axillaire, et se repliant autour d’icelle, comme une corde passée dans la roue d’une poulie, remonte en haut, semant force branchettes dans les muscles du larynx. Le senestre à cause que l’artère axillaire est trop droite, ne se replie point-là, mais il embrasse tout le tronc de la grande artère par la partie qu’elle se courbe vers le dos. Le vulgaire nomme ces nerfs-ici récurrents ou vocaux, parce qu’ils sont les organes principaux de la voix : car étant ou liés ou coupés, l’animal demeure à l’instant muet et privé de la voix : ainsi que nous l’avons souventefois expérimenté. Le deuxième se traine par les parties latérales des côtes, et est nommé costal. Le troisième plus grand descend au ventricule, et est dit stomachique : c’est par le moyen d’icelui que l’orifice supérieur est doué d’un sentiment si exquis, que les Grecs l’en ont nommé cardia, c’est-à-dire le cœur ; et que les Médecins ont posé en icelui le siège de l’appétit animal (Histoire anatomique, Livre 4, Chapitre 17).

Dans le cas de Du Laurens, la sixième paire est décrite comme se répandant et traînant par quasi tous les viscères. C’est en particulier grâce aux nerfs stomachiques que l’orifice supérieur du ventricule se voit conférer le sens du toucher, et devient ainsi le siège des appétits. De là, nous pouvons tirer la conclusion suivante : du moins dans L’Homme et dans les Principes, la notion cartésienne de sens interne est intimement liée au toucher particulier tel qu’il est conçu dans l’anatomie et la médecine, en particulier avec le toucher de l’orifice de l’estomac, auquel la sixième paire de nerfs confère la sensibilité. En ce sens, on peut dire que Descartes s’inscrit lui aussi dans cette tradition, dans la mesure où il reconnaît, dans les Principes, des sensations particulières éprouvées par les organes destinés à satisfaire les désir naturels, tels que l’estomac ou le gosier. 

[Question 1] Une différence importante demeure toutefois : là où Du Laurens fait des membranes, voire de la peau, l’organe du toucher, Descartes fait des nerfs l’organe non seulement du toucher, mais de tous les sens. Cela semble directement lié aux débats, déjà présents dans la scolastique, sur l’organe du toucher. Que signifie, dès lors, le fait que Descartes intervienne dans ce débat ?

[Question 2] À la différence de Du Laurens, qui situe à la fois la faim et la soif dans l’orifice supérieur de l’estomac, Descartes affirme dans L’Homme que le fond de l’estomac, « c'est là qu'elles causent le sentiment de la faim », et il situe au contraire la soif dans le gosier. Cette différence est-elle philosophiquement pertinente ? 

Toutefois, le cœur où sont localisées les passions, n’y est pas mentionné explicitement. Le lien avec le cœur n’apparaît qu’indirectement, à travers une confusion terminologique (dans la mesure où l’orifice supérieur du ventricule, en raison de son extrême sensibilité, a été nommé cardia par les Grecs). 

Cependant, un autre passage de l’ouvrage de Du Laurens permet d’éclairer le rapport entre le cœur et la sixième paire de nerfs : 

Le cœur, viscère très-noble, est enveloppé d’une membrane, que les Grecs nomment Pericardion, et les Latins cordis involucrum, capsam, casulam, arculam : comme qui dirait l’enveloppoir, caisse, boîte ou coffret du cœur. Hippocrate l’appelle κουλεόν, qui signifie une gaine. La figure de cette membrane est pointure, comme est aussi celle du cœur : car d’une base plus large elle se termine peu à peu en une pointe aiguë. Elle ne touche point immédiatement le cœur, mais elle en est autant reculée qu’il était besoin pour lui laisser son mouvement libre. Et afin qu’il n’y eût rien de vide entre-deux, Nature y a mis une humeur semblable à du mucus ou à de l’urine, pour rafraîchir et humecter le cœur, et empêcher qu’il ne s’enflamme à raison de son mouvement continuel, comme aussi pour faire qu’en nageant en cette humidité il soit plus léger et moins ennuyeux à l’animal. Elle prend son origine des membranes des quatre vaisseaux, à savoir de la veine cave, de la veine artérieuse, de la grande artère, et de l’artère veineuse, qui sont en la base du cœur. Sa situation est semblable à celle du cœur : car par sa base elle occupe exactement le milieu du thorax, mais par sa pointe elle incline un peu vers le côté gauche, et s’avance tellement en devant qu’elle touche aux cartilages du sternum. Outre plus elle est étroitement attachée au cercle nerveux du diaphragme. Sa substance est toute membraneuse, dure, épaisse et moyenne entre la substance des os et du poumon. Elle est toute contenue en soi, excepté en sa base, où elle est trouvée pour donner passage aux vaisseaux sortants du cœur. Elle a des veines communes qui viennent des phréniques, et une propre du rameau sous-clavier, nommée Capsulaire. Elle reçoit aussi quelques petits nerfs du récurrent gauche. Nous ne lui donnons qu’un seul usage : pour défendre le cœur des injures externes en le couvrant comme un rempart ou boulevard. 

Ici, Du Laurens indique explicitement que le péricarde reçoit de petits nerfs ( « quelque petits nerfs ») provenant du nerf récurrent gauche. Comme on l’a déjà vu, le nerf récurrent est l’un des rameaux issus de la sixième conjugaison des nerfs du cerveau. À partir de là, on peut faire l’hypothèse que les « petits nerfs » mentionnés par Descartes pourraient eux aussi être de petits rameaux issus des nerfs récurrents. (À cet égard, il conviendrait d’examiner plus attentivement les premières pensées sur la génération des animaux ainsi que les Extraits anatomiques, qui semblent fournir des éléments susceptibles d’étayer cette hypothèse). 

[Question 3] En tout état de cause, il semble que les appétits naturels tels que la faim et la soif, ainsi que les passions, explicitement désignés comme relevant du sens interne dans les Principes et dans L’Homme, soient tous liés à la sixième paire des nerfs du cerveau. Qu’est-ce que cela signifie ? 

 

 

 

Les trois sens de l’intériorité 

Sur la base des recherches menées jusqu’ici, j’ai tenté de dégager trois sens de l’intériorité à l’œuvre dans la notion cartésienne de sens interne. 

(1) Intériorité topologique (où cela se trouve-t-il ?) : il s’agit ici de l’intériorité au sens anatomique strict, c’est-à-dire de la partie intérieure selon l’ordre anatomique. Pour reprendre les termes de Du Laurens, cette intériorité est celle qui correspond à l’ordre de la dissection : de la surface vers la profondeur, c’est-à-dire depuis ce qui apparaît en premier jusqu’à ce qui est le plus enfoui. La distinction extérieur et intérieur y est relative et stratifiée. Les muscles, les nerfs et les vaisseaux, par exemple, bien qu’ils se trouvent sous la peau, sont classés comme extérieurs par rapport aux viscères. Autrement dit, l’intérieur n’est pas une frontière dichotomique, mais une distinction continue fondée sur la distance par rapport à la surface corporelle : plus on s’enfonce (de la peau aux muscles, nerfs, vaisseaux, puis aux viscères), plus on est intérieur. La faim ressentie dans l’estomac, la soif dans le gosier, les passions éprouvées dans le cœur, telles qu’on les trouve dans L’Homme et dans les Principes, relèvent de cette intériorité entendue comme profondeur anatomique : ce sont des sensations qui proviennent d’organes situés dans les cavités les plus profondes du corps, et non de ce qui apparaît dès l’ouverture de la peau. 

(2) Intériorité de localisation (où cela est-il ressenti ?) : il s’agit ici de la question de savoir à quoi sont rapportées les sensations que j’éprouve – si je les attribue à mon propre corps ou à certaines de ses parties, ou bien à un objet extérieur. Selon ce critère, la douleur ou la chaleur ressentie dans le corps relèvent du sens interne. Ce sont des sensations éprouvées littéralement « dans » mon corps tout entier ou dans certaines de ses parties. Cette dimension correspond structurellement à la distinction de Toledo entre tangibilia externa et tangibilia interna, dont le critère fondamental était précisément celui de la localisation. Le critère introduit par Descartes dans les articles 22 à 25 de la première partie des Passions de l’âme (se rapporter à) s’y accorde également de manière structurelle. 

(3) Intériorité intime (dans quelle mesure cela me touche-t-il ?) : la troisième dimension de l’intériorité tient au fait que les perceptions diffèrent quant au degré de l’intimité qu’elles entretiennent avec l’âme. Il s’agit de la question de savoir dans quelle mesure une sensation modifie directement l’âme en tant que telle. La douleur en est l’exemple paradigmatique. Dans la Sixième Méditation, Descartes la décrit au moyen du comparatif latin intimius. La douleur au pied n’est pas éprouvée comme une observation du pied, mais comme si l’âme elle-même était modifiée. Si, au niveau de (2), la douleur est bien attribuée au pied, au niveau de (3), cette attribution ne se réduit pas à une simple localisation. Elle constitue une expérience qui manifeste directement l’union substantielle de l’âme et du corps. C’est en ce sens que la douleur est décrite comme la sensation la plus intime. Les passions peuvent également relever de cette dimension. Elles modifient directement l’âme et manifestent avec la plus grande intensité le fait qu’elle est unie au corps.

 

[Question 4] La formulation suivante est-elle possible ? 

Le sens interne cartésien revêt fondamentalement la forme d’une intériorité tactile, c’est-à-dire qu’il se reconstruit à travers les débats relatifs au toucher : 

(1) C’est à travers les débats sur l’organe du toucher que se reconstruit l’intériorité topologique. 

(2) C’est à travers les débats sur l’unité ou la pluralité du toucher que se reconstruit l’intériorité de localisation. 

(3) C’est sous l’angle du contact entre l’âme et le corps que se reconstruit l’intériorité intime. 



[1] L’office commun des membranes est, de servir d’organe au sens de l’attouchement, comme l’œil au sens de la vue. De là vient qu’elles sont douées d’un sentiment très-exquis. Le nerf est véritablement le porteur des esprits animaux, et porte le commandement de l’âme : mais comme au muscle il n’est point le premier et principal organe du mouvement, ni ne reçoit point en l’œil les espèces des objets visibles : aussi ne reçoit-il point les qualités traitables premières ni secondes. C’est la membrane seule, qui doit être mise pour l’organe du sentiment, et si on dépouille les parties de leurs membranes, on les rendra privées de tout sentiment. Ainsi la chair du foie, des poumons, de la ratte, et des viscères est insensible. Or comme le sentiment est diffus par tout le corps parce qu’il est par tout nécessaire ; aussi sont les membranes répandues par toutes les parties tant externes comme internes. Celles qui couvrent tout le corps par dehors, ce sont la peau et la membrane nerveuse : mais celles qui l’enveloppent par dedans, ce sont les membranes particulières à chaque partie, lesquelles sont quasi infinies. Si tu objectes que Galien écrit, Que les membranes n’ont point de facultés influentes : mais seulement des facultés innées, et que le sentiment influe du cerveau. Le conciliateur répondra, Que Galien parle des ligaments membraneux et larges naissants des os. (Histoire anatomique, Livre 3, Chapitre 23)